✏️ Karim B.📅 29 avril 2026📁 Calligraphie

La calligraphie koufi est la plus ancienne des grandes écritures islamiques. Angulaire, géométrique, monumentale, elle apparaît sur les premiers Corans dès le VIIe siècle, orne les murs des mosquées omeyyades et abbassides, et se décline au fil des siècles en variantes d’une complexité croissante — jusqu’au koufique carré, véritable puzzle géométrique où lettres et treillis se confondent. Comprendre le koufi, c’est comprendre les fondements de l’écriture islamique et de la géométrie ornementale qui lui est indissociable.

Inscription calligraphique koufi en lettres angulaires dorées sur céramique bleue dans une mosquée

Calligraphie koufi : origines et formation à Kufa

Le terme koufi (ou coufique) vient de Kufa, ville fondée en 638 en Mésopotamie irakienne, l’une des premières grandes cités islamiques. C’est dans ses cercles intellectuels et religieux que s’établissent les premières normes de l’écriture arabe — une écriture qui existait avant l’Islam mais n’avait pas encore de règles graphiques stabilisées. Le koufique se distingue immédiatement du naskh ou du thuluth par ses lignes droites strictes, ses angles à 90° et l’absence de hampes courbes. Cette géométrie angulaire n’est pas un défaut de maîtrise mais une esthétique délibérée : l’écriture s’inscrit dans une grille invisible qui structure chaque lettre comme une pièce architecturale.

Les premiers Corans en écriture koufique, produits entre le VIIe et le Xe siècle, présentent un aspect très différent de la calligraphie islamique classique que nous avons décrite dans notre guide sur les calligraphie islamique. Les voyelles (harakat) et les points diacritiques sont absents ou réduits au minimum, ce qui suppose une communauté de lecteurs suffisamment formés pour déchiffrer le texte sans ces aides. Les feuilles de parchemin ou de vélin sont en format paysage (oblong), contrairement aux formats portrait qui s’imposeront plus tard.

Les grandes variantes du koufique

Loin d’être un style uniforme, la calligraphie koufi se subdivise en nombreuses branches régionales et chronologiques, chacune avec ses règles propres de proportion et de décoration. Ces variantes reflètent les différentes cours et ateliers où les calligraphes travaillaient.

Le koufique simple (VIIe-IXe siècle)

C’est la forme la plus ancienne et la plus dépouillée. Les lettres sont tracées à plat, sans décoration florale ni entrelacs. On le trouve sur les premiers Corans sur parchemin, sur les inscriptions épigraphiques des mosquées omeyyades (Dôme du Rocher, grande mosquée de Damas) et sur les monnaies frappées sous Abd al-Malik. Sa lisibilité est maximale pour qui connaît l’alphabet arabe classique.

Le koufique fleuri (IXe-XIIe siècle)

Les hampes verticales des lettres (alif, lam, kaf…) s’ornent de feuilles, de fleurs et de rinceaux végétaux qui s’enroulent à leur sommet. Cette variante, particulièrement développée en Iran, en Anatolie et en Égypte fatimide, crée un contraste saisissant entre la rigueur angulaire du corps des lettres et la souplesse végétale des décors. Elle s’épanouit particulièrement sur les céramiques, les stucs et les boiseries.

Le koufique tressé ou entrelacé

Les hampes des lettres s’entrelacent pour former des nœuds et des tresses géométriques. Cette variante, surtout présente sur les inscriptions architecturales des XIe-XIIIe siècles en Iran seldjoukide et en Anatolie, transforme le texte en ornement pur, parfois difficile à déchiffrer pour un lecteur non initié. L’arabesque et l’épigraphie fusionnent en un seul geste graphique.

Le koufique carré (koufique géométrique)

C’est la variante la plus spectaculaire et la plus complexe. Toutes les lettres sont décomposées sur une grille carrée modulaire : chaque unité calligraphique occupe un certain nombre de cases, et l’ensemble forme un motif à lire horizontalement mais aussi à comprendre comme un tableau géométrique. Le koufique carré décore les frises de mosquées au Maghreb, en Iran et en Asie centrale. Il partage sa logique modulaire avec les motifs géométriques islamiques islamiques et les pavages de zellige — une famille esthétique cohérente fondée sur la grille et la symétrie.

Calligraphe islamique traçant des lettres koufiques carrées géométriques avec un qalam sur papier artisanal

Le koufique dans l’architecture islamique

La calligraphie koufi est avant tout une écriture architecturale. Sa rigidité géométrique la rend parfaitement adaptée aux supports monumentaux — briques, carreaux de céramique, stucs sculptés, panneaux de bois — là où le style thuluth ou le naskh, avec leurs courbes et leurs ligatures complexes, seraient illisibles à grande distance. Les frises koufiques ceinturent les minarets, bordent les arches des mosquées et courent sous les coupoles.

La grande mosquée de Kairouan (IXe siècle) porte quelques-unes des plus belles inscriptions koufiques d’Occident. À Cordoue, la mosquée-cathédrale conserve des frises koufiques omeyyades d’une précision remarquable. En Orient, les mosquées seldjoukides d’Ispahan et de Konya déploient des mètres linéaires de koufique fleuri sur leurs façades de briques vernissées. Partout, le texte sacré — des versets coraniques le plus souvent — se fond dans l’ornement architectural pour faire du bâtiment un livre ouvert.

Apprendre à lire le koufique : quelques clés

La difficulté du koufique pour un lecteur arabophone contemporain tient à l’absence de voyelles, aux ligatures peu habituelles et aux variantes régionales des formes de lettres. Quelques repères pratiques : les hampes verticales (alif, lam, kaf) sont facilement identifiables par leur hauteur. Le mim (م) et le qaf (ق) forment souvent des carrés compacts. Les ligatures entre lettres créent des formes horizontales denses. Pour s’initier, commencer par des inscriptions courtes — la Basmala (بسم الله الرحمن الرحيم) ou la Shahada (لا إله إلا الله) — permet d’identifier les groupes de lettres récurrents avant d’aborder des textes plus longs.

Exposition de panneaux calligraphiques koufiques carrés géométriques en céramique aux motifs variés

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le koufique et le naskh ?

Le koufique est angulaire, géométrique et monumental — adapté aux surfaces architecturales et aux Corans anciens. Le naskh est arrondi, lisible et fluide — il est devenu le style de référence pour l’impression du Coran à partir du Xe siècle. Le koufique est plus ancien et plus difficile à lire ; le naskh est plus accessible et universel. Les deux coexistent dans l’art islamique, souvent sur le même monument.

Où trouve-t-on la calligraphie koufi aujourd’hui ?

La calligraphie koufi est présente dans les musées d’art islamique du monde entier : au Louvre (département des arts de l’Islam), à l’Institut du Monde Arabe à Paris, au Victoria & Albert Museum de Londres, et dans les grands musées du Caire, d’Istanbul et de Téhéran. Elle décore aussi les mosquées historiques accessibles au public : la grande mosquée de Kairouan en Tunisie, les mosquées omeyyades de Syrie, la mosquée-cathédrale de Cordoue.

Comment apprendre la calligraphie koufi ?

L’apprentissage du koufique commence par la maîtrise de la grille modulaire de base — généralement une grille de carrés de 1 × 1 unité. Les lettres sont décomposées en segments horizontaux, verticaux et diagonaux à 45°. Des ateliers de calligraphie islamique à Paris, Lyon et Marseille enseignent le koufique carré en 6 à 8 séances. Des cahiers d’exercices spécialisés (éditions Dar Assadiq, Éditions de la Méditerranée) proposent des progressions adaptées aux débutants.

Conclusion

La calligraphie koufi est à la fois la plus ancienne et la plus géométrique des écritures islamiques classiques. De ses origines épurées à Kufa jusqu’au koufique carré en puzzle géométrique, elle témoigne de la continuité entre écriture et ornement dans l’art islamique. Pour explorer les autres grandes écritures classiques, notre guide sur les calligraphie islamique présente les six styles majeurs en perspective historique et esthétique.