Les textiles islamiques — soieries façonnées, velours brocardés, broderies de soie sur lin, tapis à poils noués — représentent une part considérable de la production artistique du monde islamique. Objets de prestige, monnaie d'échange diplomatique, marqueurs de statut social, ils circulent sur les routes de la soie et de la mer Rouge, transportant avec eux des motifs, des techniques et des goûts d'un continent à l'autre.

Les soieries islamiques : Bagdad, Sicile et Al-Andalus

La production de soie islamique s'inscrit dans la continuité des ateliers sassanides et byzantins, transformés après la conquête arabe en dar al-tiraz (ateliers royaux) produisant des étoffes à inscriptions dynastiques. Les tiraz abbasside de Bagdad, les soieries fatimides d'Égypte et les velours grenadins du XIVe siècle partagent une même grammaire visuelle — médaillons, palmettes, animaux affrontés — que l'on retrouve sur les pièces conservées au Musée des tissus de Lyon, premier centre mondial de documentation des soieries historiques.

Le velours ottoman : Bursa et Brousse

Le velours ottoman, produit à Bursa à partir du XVe siècle, se distingue par sa technique du çatma — fond broché or et argent sur velours coupé rouge ou vert — qui crée des effets de profondeur et de luxe inégalés. Ces étoffes habillaient les cafetans des sultans (conservés à Topkapi) et les tentures des appartements impériaux. La soierie de Bursa était si réputée que les marchands vénitiens et génois en importaient des quantités considérables, participant à la diffusion du style ottoman dans l'Europe de la Renaissance.

Les broderies du Maghreb et du Proche-Orient

La broderie (tarfiz) constitue une forme d'expression artistique féminine majeure dans tout le monde islamique. Chaque région a développé ses points, ses couleurs et ses motifs : le fil de soie polychrome sur lin blanc de Fès, le saphir sur fond blanc de Rabat (dit "broderie de Rabat"), la broderie en fil d'argent sur velours grenat de Damas, les smok géométriques des robes palestiniennes de Bethléem. Ces œuvres textiles, longtemps négligées par l'histoire de l'art, font aujourd'hui l'objet d'une revalorisation active par le musée du Quai Branly et les collections de l'Aga Khan.

Les tapis d'Orient : lecture et authentification

Le tapis à poils noués (kilim, boukhara, tapis persan) constitue l'objet islamique le plus présent dans les foyers français. Sa production, documentée depuis les fragments de Pazyryk (Ve siècle av. J.-C.), atteint ses sommets techniques sous les Safavides, qui créent à Ispahan et à Tabriz des ateliers royaux produisant des tapis de soie à 1 000 nœuds par dm² — densité encore inégalée. Lire un tapis islamique requiert de distinguer la technique de nouage (turc symétrique ou persan asymétrique), la matière (laine, soie, coton), le motif (médaillon central, toute-fleur, géométrique tribal) et l'origine régionale.

Guide d'achat : éviter les contrefaçons

Le marché du tapis oriental est fertile en contrefaçons industrielles. Les indicateurs d'authenticité incluent : l'irrégularité légère des nœuds au dos (signe d'un travail à la main), la légèreté naturelle de la laine (par opposition au coton lesté des imitations), la présence de légères variations de teinte (abrash) dues aux différents bains de teinture naturelle, et la certification de l'Institut persan du tapis ou d'une maison de vente aux enchères reconnue (Sotheby's, Artcurial). Nos articles détaillent ces critères catégorie par catégorie.

Nos ressources textiles

Nous documentons chaque grand type de textile islamique avec ses repères historiques, ses centres de production et ses critères d'évaluation, en collaboration avec des sources primaires issues du Musée des tissus de Lyon, du Victoria & Albert Museum et des travaux de Patricia Baker et Jennifer Wearden sur les soieries islamiques.