✏️ Karim B.📅 2 juin 2026📁 Arts du livre

Le tazhib ottoman est l’art de la dorure et de l’arabesque qui ornait les manuscrits sacrés et profanes de la cour de Topkapi. Dérivé du persan zarafshan (semer l’or), il atteint son apogée entre le XVe et le XVIIe siècle, sous Mehmed II puis Soliman le Magnifique. Cette discipline raffinée encadre la calligraphie et structure la page : voir nos Corans enluminés pour le contexte général.

tazhib enluminure ottomane manuscrit doré

Le tazhib ottoman : définition et origines

Le tazhib est une technique d’enluminure islamique fondée sur la feuille d’or, le lapis-lazuli broyé et les pigments minéraux, appliquée à la gomme arabique sur papier glacé. Sa fonction principale : signaler les sourates, encadrer la calligraphie et hiérarchiser la lecture. Trois éléments le définissent : le serlevha (frontispice), les cetvels (filets dorés) et les gül (rosaces marginales).

Des Abbassides aux Ottomans : une lignée artistique

Les Ottomans héritent du tazhib via la Perse safavide et les ateliers timurides de Hérat. Mehmed II fonde le nakkaşhane (atelier impérial) à Istanbul après 1453, où s’élaborent les styles propres à la cour. Au XVIe siècle, l’enlumineur Karamemi codifie l’esthétique ottomane sous Soliman, mêlant rumi, hatayi et fleurs naturalistes (tulipes, œillets).

Motifs et techniques du tazhib

L’enlumineur ottoman maîtrise deux familles de motifs complémentaires. Le rumi dessine des feuilles bifurquées d’origine seldjoukide, abstraites et géométriques. Le hatayi (sino-chinois) déploie des palmettes, lotus et rosaces inspirées des soieries de la route de la soie. Ces deux registres se superposent en couches successives, créant la profondeur visuelle caractéristique des manuscrits ottomans.

Détail de tazhib ottoman feuille d'or et lapis

Les pigments et l’or au pinceau

Le pinceau, taillé dans un poil de chat persan, permet des traits inférieurs au millimètre. Les ateliers ottomans utilisent le papier islamique importé de Samarcande, lissé à l’agate pour recevoir l’or sans bavure.

Les chefs-d’œuvre conservés à Topkapi

La bibliothèque du palais de Topkapi conserve plus de 13 000 manuscrits illuminés selon le tazhib. Le Süleymanname (1558), chronique de Soliman par Arifi, mobilise les meilleurs enlumineurs du nakkaşhane. Les Corans calligraphiés par Şeyh Hamdullah et Ahmed Karahisari sont encadrés de tazhib dont chaque page demandait plusieurs semaines de travail.

Coran enluminé tazhib palais Topkapi

Diffusion vers l’Empire ottoman et ses provinces

Le tazhib voyage avec les diplomates et calligraphes : on en trouve à Damas, au Caire mamelouk, et jusque dans les Balkans ottomans. Les ateliers provinciaux d’Edirne et de Bursa adaptent le style impérial, simplifié pour les Corans destinés aux médersas. Cette diffusion explique la richesse des collections conservées à Sarajevo, Sofia et Sofia.

Voir le tazhib aujourd’hui

Le département des Arts de l’Islam du Louvre, l’Institut du Monde Arabe, le British Museum et la Bibliothèque nationale de France conservent d’importantes collections. À Istanbul, le musée du Palais de Topkapi et le musée des Arts turcs et islamiques exposent les originaux impériaux. L’enluminure islamique décrit la grammaire commune partagée avec la Perse et les Moghols, tandis que la reliure islamique marie cette tradition à la dorure du cuir.

Questions fréquentes

Quelle différence entre tazhib et miniature ?

La miniature est une scène figurative (personnages, paysage) tandis que le tazhib est purement ornemental, abstrait et symétrique. Les deux coexistent dans un même manuscrit : le tazhib encadre les pages de texte et les frontispices, la miniature illustre les épisodes narratifs.

Comment reconnaître un tazhib ottoman authentique ?

L’or véritable garde un éclat poli même après plusieurs siècles, contrairement aux dorures de cuivre qui s’oxydent. Les motifs ottomans associent rumi et hatayi en couches superposées, avec une palette dominante bleu lapis et or. La provenance documentée (musées, ventes Christie’s, Sotheby’s) reste le critère le plus fiable.

Le tazhib se pratique-t-il encore aujourd’hui ?

Oui, des ateliers contemporains à Istanbul (Klasik Türk Sanatları Vakfı), au Caire et à Téhéran perpétuent la tradition. L’UNESCO a inscrit le tazhib turc au patrimoine immatériel en 2017. Les écoles forment encore aux techniques classiques sur papier traditionnel ahar.

Le tazhib ottoman illustre l’union parfaite de la rigueur géométrique et de la poésie florale. Pour prolonger, explorez les arabesques de l’Alhambra et la grammaire ornementale partagée par toutes les écoles islamiques.