Al-Aqsa : le troisième lieu saint de l’Islam
La mosquée Al-Aqsa, située sur l’esplanade du Haram al-Sharif (Noble Sanctuaire) à Jérusalem, est le troisième lieu saint de l’Islam après La Mecque et Médine. Son nom signifie « la mosquée la plus lointaine », en référence au voyage nocturne du Prophète Muhammad (Isra et Mi’raj) mentionné dans la sourate 17 du Coran. Construite pour la première fois sous le calife omeyyade Al-Walid Ier vers 705, elle a été détruite par des tremblements de terre et reconstruite à plusieurs reprises. L’édifice actuel, avec sa coupole en plomb gris argenté, date principalement de la période fatimide (XIe siècle) et des restaurations croisées, ayyoubides et mameloukes.

Architecture et plan de la mosquée
La mosquée Al-Aqsa est un vaste édifice rectangulaire de 83 mètres de long sur 56 mètres de large, pouvant accueillir jusqu’à 5 000 fidèles. Elle comporte sept nefs perpendiculaires au mur de la qibla (direction de La Mecque), soutenues par des colonnes de marbre et des piliers en pierre de Jérusalem. La nef centrale, plus large et plus haute, est surmontée d’un dôme en bois recouvert de plomb. Ce plan basilical rappelle les premières mosquées omeyyades, directement inspirées des basiliques byzantines. À ne pas confondre avec le Dôme du Rocher, édifice octogonal à coupole dorée situé à quelques dizaines de mètres et qui abrite le rocher sacré.
Le mihrab et le minbar de Saladin
Le mihrab (niche indiquant la direction de la prière) est orné de mosaïques fatimides du XIe siècle, restaurées par les Jordaniens dans les années 1960. Le minbar (chaire du prêche) actuel remplace celui que Saladin avait commandé en 1187 à des artisans d’Alep : ce chef-d’œuvre de marqueterie de bois de cèdre, d’ébène et d’ivoire a été détruit dans l’incendie criminel de 1969 perpétré par un extrémiste australien. Le minbar de remplacement, achevé en 2006, reproduit fidèlement les techniques d’assemblage sans clous ni colle, selon les plans d’origine conservés.
Le patrimoine artistique d’Al-Aqsa
Les mosaïques omeyyades et fatimides
Les mosaïques du tambour du dôme et de l’arc triomphal datent des reconstructions fatimides. Elles présentent des motifs végétaux stylisés (rinceaux, palmettes, vignes) sur fond doré, dans la tradition byzantine adaptée à l’esthétique islamique. Des fragments de mosaïques omeyyades originales subsistent dans les parties basses, témoignant du programme décoratif du calife Al-Walid Ier. Ces ornements rappellent ceux de la Grande Mosquée des Omeyyades à Damas. Pour comprendre l’importance des motifs géométriques dans cette décoration, consultez notre guide dédié.
Les vitraux et les boiseries mameloukes
La période mamelouke (XIIIe-XVIe siècles) a laissé d’importants ajouts architecturaux : les portiques nord et ouest de l’esplanade, les fontaines (sabil) et les madrasas attenantes. À l’intérieur de la mosquée, les fenêtres en verre coloré et les plafonds en bois peint de cette époque témoignent d’un savoir-faire exceptionnel. Les motifs de muqarnas en stuc décorent les niches latérales, créant des jeux d’ombre d’une grande finesse.

Al-Aqsa dans l’histoire de l’architecture islamique
La mosquée Al-Aqsa est un palimpseste architectural : chaque période a laissé sa marque. Les fondations omeyyades, les colonnes de réemploi romaines et byzantines, les mosaïques fatimides, les ajouts croisés (transformée en palais par les Templiers au XIIe siècle), les restaurations de Saladin, les embellissements mamelouks et les travaux modernes financés par la Jordanie se superposent. Cette sédimentation fait d’Al-Aqsa un cas d’étude exceptionnel pour les historiens de l’architecture. L’âge d’or de l’Islam de l’Islam a vu naître ici certaines des innovations qui se diffuseront dans tout le monde musulman.
Les défis de préservation du site
- Fragilité sismique : Jérusalem se trouve sur la faille du Jourdain ; les tremblements de terre de 749 et 1033 ont détruit partiellement la mosquée
- L’incendie de 1969 : a détruit le minbar de Saladin et endommagé les plafonds peints mamelouks
- Les fouilles archéologiques : les tunnels creusés sous l’esplanade font l’objet de vives controverses
- L’afflux de visiteurs : les prières du vendredi attirent jusqu’à 40 000 fidèles, mettant les structures à rude épreuve
- Le financement des restaurations : la Fondation waqf jordanienne finance la majorité des travaux
Visiter le Haram al-Sharif
L’accès à l’esplanade est possible pour les non-musulmans via la porte des Maghrébins, avec des horaires restreints (dimanche à jeudi, hors heures de prière et fêtes religieuses). La visite de l’intérieur de la mosquée Al-Aqsa est réservée aux musulmans. Le Dôme du Rocher, voisin, est également fermé aux non-musulmans mais sa façade en faïence bleue et sa coupole dorée sont visibles depuis toute l’esplanade. Pour découvrir d’autres trésors de l’architecture islamique, explorez notre article sur les muqarnas et les prouesses de l’ingénierie arabo-musulmane.

Al-Aqsa dans l’art et la culture islamique
La mosquée Al-Aqsa est un motif récurrent dans l’art islamique. Les miniatures ottomanes représentent le voyage nocturne du Prophète avec Al-Aqsa en arrière-plan. Les carreaux de zellige marocain de l’époque ottomane reproduisent le sanctuaire sur les murs des maisons de Jérusalem. Les calligraphes contemporains tracent le verset de l’Isra en composition architecturale, intégrant la silhouette de la mosquée dans le dessin des lettres. La dinanderie islamique traditionnelle de la vieille ville produit des plateaux et des lampes gravés du plan du Haram al-Sharif, perpétuant un artisanat vieux de plusieurs siècles. Pour approfondir les décors intérieurs de l’architecture cultuelle islamique, notre guide sur l’intérieur des mosquées détaille les ornements architecturaux, et notre dossier sur la grande mosquée de Cordoue présente le chef-d’œuvre de l’architecture omeyyade en Occident.
