✏️ Karim B.📅 26 mai 2026📁 Métal & orfèvrerie

Le koftgari de Lahore désigne l’art moghol d’incruster des fils d’or et d’argent dans des surfaces d’acier ou de fer noirci. Héritier persan et cousin du damasquinage de Tolède, il atteint son apogée au XVIIe siècle dans les ateliers des Moghols en Inde à Lahore, Jaipur et Sialkot. Sabres, boucliers, étriers, encriers : chaque objet devient un manuscrit métallique aux arabesques étincelantes.

Koftgari damasquinage indien Lahore poignée de dague à incrustations dorées

Le koftgari damasquinage indien : origines et géographie

Le koftgari (du persan koft, « battre ») désigne la technique d’incrustation à froid de fils d’or ou d’argent dans une plaque d’acier strié au burin. Pratiqué en Inde du Nord depuis le XVe siècle, il fleurit sous les Moghols et survit aujourd’hui à Lahore, Sialkot et Jaipur.

De la Perse à la cour moghole

Les premiers koftgari indiens sont attestés au XVe siècle sous les sultans de Delhi, importés par des artisans persans fuyant les conquêtes timourides. L’empereur moghol Akbar (r. 1556-1605) consigne dans son Ain-i-Akbari l’existence d’ateliers koftgari à Agra et Lahore, employant plus de cent maîtres. Sous Shah Jahan, les armuriers de Lahore deviennent les fournisseurs officiels de la cour.

Lahore, Sialkot et Jaipur

Trois centres se partagent la production moghole tardive : Lahore pour les armes de cour, Sialkot pour les boucliers et casques, Jaipur pour les objets décoratifs. Au XIXe siècle, les princes rajputs deviennent les principaux commanditaires, ce qui explique la richesse des collections du Salar Jung Museum d’Hyderabad et du palais de Jaipur.

La technique du koftgari pas à pas

Artisan koftgari incrustant un fil d'or dans une lame d'acier

Le procédé n’a pas changé depuis le XVIe siècle. Il combine gravure, marteau, fil métallique et bain de tamarin. L’absence totale de chaleur distingue le koftgari du damasquinage authentique d’orfèvre.

Stries, dépôt et brunissage

Tehnishan et zarnishan

Les ouvrages indo-persans distinguent deux niveaux de qualité. Le tehnishan (« fond rentré ») creuse profondément la surface puis enchâsse une feuille d’or massive : plus durable, réservé aux objets de cour. Le zarnishan (« or apparent »), plus rapide, applique du fil sur stries superficielles : technique moderne dominante à Sialkot.

Motifs et iconographie moghols

L’esthétique du koftgari prolonge le vocabulaire des miniatures et de l’architecture moghole. Trois familles de motifs reviennent systématiquement.

Floraux, calligraphiques et figuratifs

Objets et collections

Collection objets koftgari moghols arts décoratifs

Le répertoire couvre armes (talwar, katar, tulwar, peshkabz), équipements équestres (étriers, mors, bossettes), objets de bureau (encriers, plumiers), instruments de musique (frettes de sitar) et bijoux. Le Royal Armouries de Leeds, le Victoria & Albert Museum, le Salar Jung Museum d’Hyderabad et le Musée Guimet à Paris conservent les pièces de référence.

Le koftgari aujourd’hui

Une cinquantaine d’ateliers familiaux subsistent à Sialkot (Pakistan), Jaipur (Inde) et Udaipur. La technique a été inscrite par l’UNESCO sur la liste indicative du patrimoine immatériel pakistanais en 2018. Le maître Ahmed Saeed Khan (Sialkot) et la famille Bhasin (Jaipur) figurent parmi les ultimes détenteurs des secrets du tehnishan.

Questions fréquentes

Quelle différence entre koftgari et damasquinage de Tolède ?

Le damasquinage tolédan utilise des feuilles d’or martelées dans une surface d’acier piquée au pointeau, généralement après chauffe légère. Le koftgari indien procède à froid, sur stries au burin, avec du fil et non de la feuille. Les motifs européens favorisent les arabesques mauresques, les indiens les compositions florales mogholes.

Comment authentifier un koftgari ancien ?

Sous loupe, les stries de fond doivent être irrégulières et croisées dans plusieurs directions. Le fil d’or doit présenter de fines marques de marteau et une légère oxydation du sertissage. Les modernes utilisent souvent du laiton doré, détectable par fluorescence X. La signature persane gravée près de la soie d’une lame est un indice fort.

Où acheter un koftgari authentique ?

Les bazars de Jaipur (Johari et MI Road) et de Lahore (Anarkali) abritent encore des familles d’artisans. Pour des pièces anciennes (XVIIIe-XIXe siècle), les ventes Christie’s South Asian Art et les galeries spécialisées de Londres (Spink, Simon Ray) restent les sources les plus sûres.

Un art aux confins de l’arme et du bijou

Le koftgari de Lahore résume l’esprit moghol : un goût aristocratique pour l’objet utile transfiguré par l’ornement. À côté de la dinanderie islamique et de l’orfèvrerie berbère, il forme l’un des sommets de la métallurgie islamique. Sa survie aujourd’hui dépend de quelques familles transmettant un geste inchangé depuis cinq siècles.